Blocages et mobilisation à Amiens contre la réforme des universités. A 14h00 les étudiants du Campus ont voté à plus de 80% le blocage.
La réforme votée cet été est au coeur du mécontentement des étudiants. De son côté, Valérie Pecresse juge cette grogne "injustifiée". sur l'autonomie des universités Jihad
Wachill président de la Fédération syndicale étudiante (
FSE Amiens) répond à nos
questions
LM : que pensez vous de la loi sur l'autonomie des universités ?
Jihad Wachill : La loi sur l'autonomie des universités a été votée au Parlement cet été. Une loi que la FSE condamne sans ambiguïté et dont elle réclame l'abrogation. Sur
le fond, ce projet représente une vassalisation inacceptable des universités aux desiderata du patronat et une privatisation larvée de l'enseignement supérieur. Une réforme dont la mise en œuvre
serait d'ailleurs confiée en pratique à des présidents d'universités hissés au rang de PDG d'entreprises. La transposition en pratique d'une conception managériale à l'américaine.
Sans compter les craintes qui continuent à planer sur des questions essentielles sur lesquelles le Gouvernement a botté en touche pour des raisons tactiques, et qui ne manqueront pas d'être
remises sur le tapis ultérieurement: hausse substantielle des frais d'inscription à l'université, sélection à l'entrée de l'université et à bac + 3.
Enfin, sur la forme, que dire d'une réforme votée en catimini en août, en pleines vacances, au terme d'une pseudo concertation menée à la hussarde?
LM : Vous rejetez donc en bloc ce texte de loi ?
Jihad Wachill :Oui, et la FSE s'opposera sans compromission à cette réforme et réclame son abrogation. On ne peut que regretter les ambiguïtés d'une partie de la gauche,
qui n'oppose qu'une critique feutrée à la loi Pécresse et accepte le principe de l'autonomie des universités. Sans compter les atermoiements de la direction nationale de l'Unef, qui, en
refusant de réclamer l'abrogation de la loi Pécresse et en se limitant pour l'essentiel à contester le Gouvernement sur le terrain des moyens financiers alloués par l'Etat, minore
dangereusement la gravité de la philosophie du texte. En se contentant en pratique de gesticulations médiatiques sans portée concrète, les dirigeants de l'Unef préparent, j'en ai bien peur, une
probable capitulation future en rase campagne.
C'est la raison pour laquelle il convient plus que jamais de rassembler sans exclusive les étudiants qui souhaitent construire un rapport de force effectif et massif face aux projets du
Gouvernement sur l'enseignement supérieur (autonomie des universités, mais aussi refonte de l'aide sociale avec attribution de bourses au mérite) afin de le faire reculer. Inscrite dans cette
démarche, la FSE a pris toute sa place au sein du Collectif Etudiant Contre l'Autonomie des Universités (CECAU). un collectif qui s'est placé en pointe en pointe de la contestation avec la
volonté de créer une mobilisation étudiante la plus massive et efficace possible afin de défendre une Université de service public, laïque et gratuite, de qualité et ouverte à tous.
A noter, pour nuancer mon propos par rapport à l'Unef, qu'une partie de ses militants, regroupés dans la tendance TUUD (très minoritaire nationalement mais majoritaire à Amiens), réclament
l'abrogation de la loi Pécresse et participent au CECAU. Une situation qui localement, une fois dépassées quelques incompréhensions et difficultés de communication, facilite aujourd'hui la
construction et la massification de la mobilisation étudiante à Amiens.
LM : pensez vous faire reculer gouvernement et obtenir l’abrogation de la loi ?
Jihad Wachill : Il est impossible de dire à l'avance si le Gouvernement reculera ou pas: je ne suis pas devin.
Mais il convient de se donner tous les moyens pour le faire reculer, en mettant l'ampleur et les formes de la mobilisation étudiante à la hauteur de la gravité des attaques. Le temps n'est pas
aujourd'hui aux tergiversations et aux discours mi-figue mi-raisin. Il s'agit aujourd'hui au contraire de marquer sa détermination. Le mode d'action qui commence à se généraliser est de ce
point de vue le blocage des universités, déjà expérimenté avec succès lors du mouvement anti-CPE et qui nous semble pertinent car proportionné par rapport à la gravité de la loi Pécresse.
Contrairement à la direction nationale de l'Unef, nous estimons au niveau de la FSE qu'il ne saurait y avoir d'"objectif pas atteignable". Car, n'en déplaise à Bruno Julliard (président de
l'Unef), les batailles perdues d'avance sont celles qui ne sont pas menées...
Laffitte mourad