Lettre d'Aimé Césaire : « Un monument de plus, certes, mais ce n'est pas un monument de trop »
![]() Soutien au Projet d'Édification à Amiens d'un Monument Commémoratif de l'Abolition de l'Esclavage |
« Ils sont nombreux, les monuments qui célèbrent des hommes politiques, des hommes de guerre, de science, de culture, des arts et des lettres. Des hommes qui ont fait l'hégémonie de la France et dont les empreintes sont encore visibles dans notre temps, et parfois jusqu'aux extrémités de la terre. Je suis fière et je célèbre de façon solidaire cette histoire glorieuse de notre patrie.
Toutefois, une juste appréciation de l'histoire nécessite que l'on change de perspective. Et c'est sous cet angle de vue que l'on voit apparaître une autre facette de l'histoire, l'évidence même que l'ignoble, l'infâme et l'innommable a obtenu l'adhésion du plus grand nombre, l'évidence même qu'un crime contre l'humanité a été perpétré : l'Esclavage des Noirs !
Des hommes et des femmes ont été éloignés de leurs amours, arrachés à la terre d'Afrique puis soumis à des traitements humiliants. Les auteurs de ce crime faisaient l'apologie du progrès économique, cependant, toutes leurs actions mettaient en lumière leur propre régression dans la perception de l'humain dans cet être vivant d'une couleur différente de la leur, un être de couleur ébène et appartenant à une civilisation riche par sa langue, ses rites, ses croyances, bref, riche par sa culture.
L'Esclavage est une tragédie historique souvent trop enfouie dans les livres, cachée dans les musées, inaccessible aux nouvelles générations et pour laquelle il y a peu d'actes pédagogiques en direction du public en France Métropolitaine. Nous nous devons d'agir pour la justice et l'égalité en corrigeant le différentiel énorme qu'il y a en France sur le plan mémoriel entre l'esclavage des noirs, les héros et martyrs blancs des deux guerres mondiales et l'holocauste des juifs.
Des monuments commémorant l'Abolition de l'Esclavage doivent donc apparaître, surtout dans le paysage des régions et villes qui sont des grands carrefours touristiques sur le plan international.
Dans ce sens, le projet de l'Union Des Africains (en sigle UDA), qui consiste à ériger à Amiens, département de la Somme (80), un monument dédié à l'Esclavage et son Abolition mérite d'être soutenu. Il est en adéquation avec l'esprit de la journée du 10 mai (Journée Nationale de Commémoration de l'Abolition de l'Esclavage).
Des questions fondamentales se posent : un monument pour qui ? Un monument pour quoi ? À ces questions je réponds avec force :
- Un monument pour eux, les Esclaves bâtisseurs malgré eux et dans des conditions effroyables de cette France rayonnante.
- Un monument pour eux , les Africains Noirs qui ont vécu le traumatisme de l'enlèvement de ceux qui leur étaient très chers.
- Un monument comme expression nationale et universelle de demande de pardon à ces victimes de l'Esclavage, et pour dire notre vigilance et notre lutte contre toutes les formes modernes d'esclavage.
- Un monument comme lieu de rencontre et de recueillement des descendants africains, afro-antillais, afro-américains... devant cet ancêtre inconnu avec lequel ils sont tous parentés.
- Un monument pour dire le refus de tous les hommes de voir les intérêts personnels, nationaux et communautaires se développer dans le mépris et l'écrasement des autres peuples, en particulier le peuple africain. »
| Fort de France, 13 février 2008 Aimé Césaire |
Retour en images sur la Commémoration de l'Abolition de l'Esclavage
(9 et 10 mai)
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La Chorale Multi-Voix, rue de Noyon, devant le Grand Hôtel de l'Univers.
Yanick Leflot-Savin faisait partie des
Quelques membres de l'Union Des Africains (U.D.A) : Marie-Noël, Ida, Affunaly et Patrice, organisateurs de l'évènement.